AESH : quelles sont les missions interdites à ne pas franchir ?

Dans le quotidien d'un établissement scolaire, un chef d'établissement ou un enseignant peut vous demander de remplacer un collègue absent, de surveiller une classe ou de classer des dossiers. Ces sollicitations sont fréquentes, mais beaucoup d'entre elles sont en dehors de votre cadre légal. La circulaire n°2017-084 du 3 mai 2017 définit précisément ce que vous pouvez faire et ce qui vous est interdit. Connaître ces limites vous protège et garantit un accompagnement de qualité à l'élève que vous suivez.
Quelles sont les missions officielles d'une AESH ?
Votre rôle est défini par le code de l'éducation et la circulaire de 2017. Vous intervenez exclusivement auprès d'élèves en situation de handicap, sur notification de la CDAPH (Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées). Votre action s'inscrit dans le cadre du projet personnalisé de scolarisation (PPS). Vous travaillez sous l'autorité de l'enseignant et vous ne devez jamais vous substituer à lui ni à l'élève lui-même.

Vos missions se répartissent en trois grandes catégories :
- Accompagnement dans les actes de la vie quotidienne : assurer la sécurité et le confort de l'élève, l'aider dans ses déplacements et dans les gestes essentiels (se déplacer dans la classe, utiliser les toilettes, manger).
- Accès aux activités d'apprentissage : reformuler les consignes, aider à la prise de notes, soutenir l'élève dans son travail sans faire à sa place, favoriser son autonomie.
- Participation à la vie sociale et relationnelle : faciliter les échanges avec les autres élèves, l'aider à s'intégrer dans les activités collectives.
Vous participez aussi aux réunions de suivi de scolarisation et vous pouvez échanger avec la famille, dans la limite de votre discrétion professionnelle. L'aide peut être individuelle (pour un seul élève, avec un temps défini) ou mutualisée (pour plusieurs élèves, sans quotité horaire précise).
Les tâches interdites : ce que vous ne devez jamais accepter
Plusieurs missions sont formellement exclues de votre fonction. Les refuser n'est pas un caprice : c'est une obligation légale pour protéger votre statut et la qualité de l'accompagnement.
| Situation | Tâches autorisées | Tâches interdites |
|---|---|---|
| En classe | Aide à l'installation, reformulation des consignes, soutien à l'autonomie | Remplacer l'enseignant absent, corriger des copies, préparer des cours, évaluer les élèves |
| Sorties scolaires | Accompagnement de l'élève notifié, aide à la mobilité | Encadrer seul un groupe d'élèves, organiser la sortie |
| Pause méridienne / cantine | Accompagnement de l'élève notifié si mentionné dans le PPS | Surveiller la cantine pour tous les élèves, accompagner un élève non notifié |
| Tâches administratives | Participation aux réunions de suivi de scolarisation | Classement, saisie de documents, gestion de la vie scolaire |
| Soins | Assistance aux gestes de la vie quotidienne si prévu dans le PPS | Soins médicaux, administration de médicaments sans formation ni autorisation |
Ne jamais remplacer un enseignant absent, même pour quelques minutes. Vous n'êtes pas un enseignant et vous n'avez pas la responsabilité pédagogique d'une classe. De même, ne jamais encadrer seule un groupe d'élèves sans la présence d'un enseignant ou d'un personnel habilité.
Ne jamais corriger des copies, préparer des cours ou évaluer les élèves. Ces tâches relèvent exclusivement du corps enseignant. Votre rôle est d'accompagner, pas de noter.
Ne jamais effectuer des tâches administratives générales (classement, saisie, photocopies pour l'administration). Vous pouvez participer aux réunions de suivi, mais pas gérer la vie scolaire de l'établissement.
Ne jamais intervenir auprès d'élèves non mentionnés dans la notification de la CDAPH. Votre mission est liée à un ou des élèves précis. Si on vous demande de surveiller la récréation pour tous les enfants, vous devez refuser.
Ne jamais assurer des soins médicaux ou paramédicaux sans une formation spécifique et une mention dans le PPS. L'assistance aux gestes de la vie quotidienne (comme aider à manger) est possible si c'est prévu, mais pas l'administration de médicaments sans cadre.
Ne jamais entretenir les locaux, ranger les classes ou faire le ménage. Ce n'est pas votre mission.

Les situations particulières : examens, sorties, stages
Certaines situations demandent une vigilance accrue, car elles sont souvent source de dérives.
Examens et concours
Vous pouvez accompagner un élève pendant un examen si cela fait l'objet d'un ordre de mission ou d'une convocation. Cet ordre doit préciser les activités demandées (aide à l'installation, à la lecture, à l'écriture), les dates, les horaires (y compris le tiers-temps) et les lieux. Sans ce document, vous n'êtes pas tenu d'accepter. Ne jamais surveiller un examen pour un groupe : cela reviendrait à remplacer un surveillant, ce qui est interdit.
Sorties scolaires
Pour une sortie sans nuitée, si elle dépasse votre temps de travail, vous devez récupérer vos heures. Pour une sortie avec nuitée, l'accompagnement est sur la base du volontariat et doit faire l'objet d'un avenant à votre contrat. Ne jamais accepter sans avenant : vous seriez en dehors de votre cadre légal.
Périodes de stage
Si un élève a besoin d'accompagnement pendant un stage (en 3e, au lycée ou en BTS), les modalités (lieux, horaires, gestes professionnels) doivent être définies en amont avec le tuteur de stage, l'établissement et l'enseignant référent. Un ordre de mission doit être établi. Sans cela, vous n'êtes pas couvert.
Les pièges à éviter : pression hiérarchique et flou juridique
Dans la réalité, beaucoup d'AESH subissent des pressions pour accepter des tâches hors cadre. Certains responsables hiérarchiques profitent du manque d'information ou de la précarité du statut pour vous faire faire "tout et n'importe quoi", comme le rappellent les syndicats. Ne vous laissez pas faire.
Si un chef d'établissement vous demande de remplacer un AED (assistant d'éducation) absent pour surveiller la cour, vous devez refuser poliment en citant la circulaire. Si on vous demande de classer des dossiers administratifs, refusez de même. Votre mission est strictement définie : l'accompagnement des élèves en situation de handicap notifiés.
Un point sensible : l'accompagnement pendant la récréation et la cantine. Vous ne pouvez le faire que si cela est indiqué dans le PPS ou le GEVASCO (guide d'évaluation des besoins de compensation). Si c'est le cas, ce temps est comptabilisé dans votre temps de travail. Vous devez demander un temps de pause décalé pour compenser. Si la MDPH préconise un accompagnement sur le temps périscolaire, cela doit faire l'objet d'un contrat avec la collectivité territoriale, pas d'un simple accord oral.
Que faire face à une demande illégitime ?
Quand on vous demande une tâche interdite, la première chose à faire est de vous référer aux textes. La circulaire n°2017-084 est votre bouclier. Vous pouvez répondre : "Je suis désolé, mais cela ne fait pas partie de mes missions définies par la circulaire. Je ne peux pas accepter."
Si la pression persiste, notez par écrit la demande (date, heure, personne qui demande, tâche demandée). Adressez-vous à votre supérieur hiérarchique direct (le chef d'établissement) par écrit pour clarifier la situation. En dernier recours, contactez votre syndicat ou l'inspection académique. Ne cédez pas par peur de perdre votre poste : accepter une mission interdite vous expose à des problèmes juridiques et nuit à la qualité de l'accompagnement de l'élève.
Un dernier conseil : vérifiez régulièrement votre contrat et votre notification. Votre quotité horaire, les élèves que vous suivez et les missions précises doivent y figurer. Si ce n'est pas le cas, demandez une mise à jour. C'est votre seule protection.


